PAMIERS ET LA BASSE-ARIEGE
Pour cette troisième étape de notre périple cartophile dans le passé, nous vous invitons à découvrir "l'autre Ariège", celle du piémont et de la plaine.
Ce bas pays qui s'ouvre sur la plaine toulousaine, marquait jadis les frontières nord de l'ancien Comté de Foix. Il recouvre les anciens diocèses de Pamiers et de Mirepoix et comprend les anciens pagus carolingiens tels le Dalmazanès, le Podanaguès (entre l'Arize et le Latou), l'Aguarnaguès (entre l'Ariège et l'Hers), le Liciagès ou l'Olmès.
En 1900, l'arrondissement de Pamiers, avec ses six cantons possède un caractère spécifique au sein du département, par son histoire et par ses paysages.
Le moutonnement des collines et des coteaux, les petits villages avec leur clocher-mur contrastent avec les villes bastides des vallées de l'Hers, de l'Ariège, de la Lèze et de l'Arize.
Terre de contraste, la Basse -Ariège est aussi terre de contacts et d'échanges.
La rupture avec le pays de Foix est manifeste et n'échappe guère à Ménique, le mountagnol du Vicdessos, héros du roman Camp-Lébré, qui décrit ainsi son nouvel horizon : "Dans la plaine, tout marche à la vapeur et à la trélicité ; chaque champ contient plus de terre que le village tout entier de Mamouret (Saleix)".
Ici comme ailleurs, le travail de la terre nourrit la plus grande partie de la population. On est d'abord, paysan mais on échappe à l'esclavage de la montagne. Avec ses riches terres à blé et ses vignes généreuses (malgré la crise du phylloxéra) la plaine ariégeoise fait figure de pays de cocagne. Les grandes foires et les marchés aux boeufs de Pamiers, de Varilhes, de Mirepoix, du Mas-d'Azil et de Mazères témoignent d'une richesse incontestable agricole dont ne profitent pas toujours les métayers.
La nouveauté du siècle avec l'électricité, c'est le "tramway à vapeur", entendez par là le chemin de fer, qui a mobilisé, durant des décennies, toutes les forces vives de l'arrondissement.
Chaque canton a obtenu sa ligne d'intérêt local et en espère une prospérité grandissante pour les campagnes. Mais toute médaille a son revers, le train draine aussi vers la ville les jeunes avides de quitter la terre pour l'atelier ou l'usine, la boutique ou la fonction publique.
Avec le développement des manufactures et des usines, les villes de la Basse-Ariège deviennent aussi le creuset des révoltes prolétariennes, des nouvelles idées républicaines et démocratiques
Au fil des pages, vous rencontrerez ces hommes, et ces femmes, qui sont aussi nos fiers ancêtres, tous les acteurs de cette "Comédie Humaine" ariégeoise : les laboureurs du Terrefort, les vignerons de Varilhes, les marchandes de poules du Mas-d'Azil, les Cussous et les lavandières de Loumet, les peigniers de Léran, les ouvriers puddlers de Pamiers, les ourdisseuses de Laroque-d'Olmes, les maquignons de Mirepoix. Dans ce foisonnement de types humains, Pierre Bentajou le rugbyman côtoie l'épicier Barousse ; Galinier le tailleur de pierre croise le poète occitan Léon Soula ; Marcel Pagnol rencontre le pharmacien Azéma et Marie Fournié la marchande de lait, avec son attelage de chiens, éclipse le ministre Théophile Delcassé.
Francis SANS